Article écrit par Simple citoyenne, publié sur agoravox le Mercredi 14 septembre 2016

C’est une légère brume d’hiver qui voile le paysage et laisse entrevoir des arbres aux branches dénudées, entre les cris lugubres d’un hibou et les pas fermes cadencés des soldats nordistes qui se trouvent sur le vieux pont ferroviaire d’Owl Creek en pleine guerre de sécession, où l’on sent une atmosphère si lourde, qu’elle laisse deviner une mort prochaine.

Tout civil surpris à proximité des ponts et des tunnels ou des voies ferrées sera pendu sans jugement.

Et c’est parce que ce civil se trouvait à proximité du pont, qu’il se retrouve les mains ficelées derrière le dos, le souffle court, le regard épouvanté, qu’il voit la mort tranquillement se mettre en place juste devant lui, et se retrouve dépossédé de lui-même, sans pouvoir agir.

La corde que le soldat jette impassible, sur le pilier en bois du pont d’Owl Creek et déroule sous ses yeux, elle est pour lui.

Dans quelques instants celle-ci lui enserrera le cou et lorsqu’on l’avancera jusqu’à l’extrémité de la frêle et courte bascule en bois, dos au vide, sur laquelle un soldat n’aura qu’à faire un pas pour en lâcher l’autre extrémité qu’il retient avec son poids, elle lui brisera la nuque.

Il sera mort, pendu, en plein milieu d’une nature, une nature désintéressée de son sort, imprégnée, elle, de vie, faits de pépiements d’oiseaux, d’une rivière ruisselante, d’une brume fraîche, cette vie aussi pénétrante que jamais, mêlée aux cliquetis d’armes et aux pas raides des soldats qui montent la garde du haut du vieux pont, où à une vingtaine de mètres au-dessous, coule la rivière du pont d’Owl Creek, sans qu’il ne soit possible d’échapper à la mort, devant cette étrange insensibilité des soldats, devant cette étrange approbation tacite collective celle de supprimer un homme au nom de l’absurde.

Ses yeux s’égarent sur une branche de bois qui longe la rivière sur laquelle son imagination arrive encore en cet instant à se perdre ; il pense à sa femme et à ses enfants ; sa femme et à son sourire si radieux et qui s’avance lentement vers lui ; l’amour de sa vie, l’essentiel qu’il ne reverra plus jamais ; avant que brusquement l’officier le ramène à son terrible sort, il s’imaginait même une évasion improbable.

C’est l’heure. Le soldat qui se trouve à l’extrémité de la planche, se retire de celle-ci, qui fait basculer l’homme dans le vide.

Par on ne sait « quel miracle », la corde lâche, et l’homme tombe dans la rivière.

Entre la noyade évitée et les tirs des soldats, s’engage alors, une course à bout de souffle et spectaculaire vers la vie.

Une course folle vers la vie

Ce court métrage est un hymne à la vie et il sera impossible de ne pas être surpris par ce film de 28 minutes ; chacun pourra l’interpréter à sa manière, mais c’est aussi une course folle vers la vie, qui peut-être, surprendra quelques lecteurs s’ils ne connaissent pas déjà, ce court métrage. 

« Le succès du court métrage fut telle qu’il déclencha la production des deux autres courts qui lui succèdent et qui forment un long métrage. »

À propos du tournage :

Via le site de la commune de Cassagnas où le film a été tourné :

« La rivière du hibou », court métrage de Robert Enrico, a été tourné à Cassagnas, sur le pont de Ribiès  (et non pas le pont de Révolte, comme indiqué dans l’extrait de Wikipédia ci-dessous)

Via wikipédia :

La Rivière du hibou (An Occurrence at Owl Creek Bridge) est un court métrage français de fiction (28 min, noir et blanc) réalisé par Robert Enrico et coproduit par Marcel Ichac et Paul de Roubaix, sorti en 1962. Il est tiré d’une célèbre nouvelle de l’écrivain américain Ambrose Bierce (1842-1914), Ce qui se passa sur le pont de Owl Creek, extraite du recueil de nouvelles Morts Violentes (In the Midst of Life : Tales of Soldiers and Civilians – 1898).

Récompenses et distinctions :

Ce court métrage, réalisé en France dans les Cévennes (au lieu dit « pont des Révoltes », près de la gare de Cassagnas, aujourd’hui désaffectée) fut produit avec des moyens limités. Il sera consacré par les plus hautes récompenses du cinéma mondial :

Robert Enrico recevra pour ce film la Palme d’or du court métrage du festival de Cannes 1962, et le Grand Prix des Journées Internationales du Court Métrage de Tours.

Marcel Ichac et Paul de Roubaix recevront pour ce film l’Oscar du meilleur court-métrage de fiction à Hollywood en 1964.

Le film a été diffusé à la télévision américaine dans le cadre de l’émission La Quatrième Dimension, en tant que cent-quarante-deuxième épisode, le 28 février 1964.

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