Le poète

Il était une fois un poète qui désespérait de voir ce monde être ce qu’il est ; dans ses poèmes, tout était désespoir et tristesse ; au point même qu’il en était devenu malade et alcoolique ; car il disait :

 « Ce monde me rend malade »

 Ses proses aux paroles mélancoliques marchaient terriblement bien auprès du public ; car les douleurs du monde que le poète dépeignait, devenaient les douleurs de ceux qui l’écoutaient ; pourtant au fil du temps, des années, des décennies, la société dans laquelle le poète plaignait les maux, s’arrangèrent, progressèrent ; au fur et à mesure, le poète fut oublié, mais il réapparut dans les pages des gazettes pour réciter et plaindre une nouvelle fois les maux du monde et de sa société ; cependant, le monde qu’il plaignait allait un peu mieux, mais lui  ne le voyait jamais et de dire une fois de plus :

 « Ce monde me rend malade »

Il trouvait des tas d’autres grandes causes à plaindre et que grâce à ses poésies aux paroles nostalgiques, il était toujours célèbre ; pourtant la société aussi dure qu’elle était, arrivait malgré tout à se remettre en cause et même progressait difficilement, mais progressait pourtant ; car une vie toute entière ne suffirait pas, pour voir les progrès du monde. Et pourtant.

Le poète triste, malade par trop d’alcool, mourut et laissa ses derniers mots :

 «  Pendant que le monde était ce qu’il était, moi, le poète, je n’ai cessé de le plaindre et de le clamer et de l’accuser de tous les maux, les maux qui n’étaient que tous les miens ; le monde avait bon dos et l’excuse était bien bonne de l’accuser de mon mal et de mon alcool,  en attendant pendant que le monde, lui, tournait ; moi, tout ce temps, j’ai oublié de vivre. »

 

 Simple citoyenne le  8 juillet 2015

 

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